quiveutlireunehistoire

Mercredi 3 janvier 2007

- Non! non! flûte et zut! je n'irai pas!

- Simon... je t'en prie... viens raisonner ta fille, elle va me rendre folle. Nous allons encore arriver en retard chez Mlle Bertille. Elle ne veut rien entendre!

- Allons Charlotte... sois gentille avec ta mère. Pourquoi tant de simagrées pour un simple cours de piano? Tu l'aimes bien Mlle Bertille pourtant, non?

- Justement non! J'en ai marre! Marre de cette vieille chouette qui sent la naphtaline et des galettes rassies! Marre des patins et du parquet qui craque! Papa je viens d'avoir onze ans. Tous mes copains font du vélo dans la colline ou jouent à la piscine et moi je fais des gammes ou je danse en tutu.

                                    

dance du balai.gif (4657 octets)

 

Par Philippe
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Jeudi 4 janvier 2007

Charlotte n'avait pas tout à fait tort et fulminait à juste titre. D'ordinaire si mignone avec son petit nez en trompette et ses taches de rousseur, pour l'heure ses grands yeux verts semblaient lancer des éclairs à sa mère.

En cette fin d'année scolaire, les vacances d'été approchaient et la perspective d'être enfermé tout le mercredi après-midi ne réjouissait guère Charlotte.

- Ecoute ma chérie, je te propose un compromis...

- Un quoi?

- Un arrangement, un marché si tu préfères. Si tu files avec maman chez Mlle Bertille, ce week-end tu pourras inviter Antoine, Lucie et Yohann. Je vous installerai la tente au fond du jardin sous le chataîgner. Vous y passerez même la nuit si ça vous dit... A moins que Fabienne y voit un inconvénient...

La mère de Charlotte leva les yeux au ciel en poussant un long soupir.

- Une fois de plus à moi la corvée de sandwiches sans parler du champ de bataille dans toute la maison et du nettoyage dimanche soir!

- Alors c'est d'accord man?

- Grâce aux idées lumineuses de ton père, je crois que je n'ai guère le choix. Tu te dépêches à présent, nous sommes déjà très en retard.

- Super! Alors ça c'est chouette nom d'un arbre à chaussettes!

Charlotte sauta au cou de son père et l'embrassa avant de bondir dans l'escalier afin de récupérer ses partitions à l'étage.

 

 

 

 

Par Philippe
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Vendredi 5 janvier 2007

Mademoiselle Bertille possédait un manoir cossu au centre d'un parc aux chênes centenaires. L'ensemble était parfaitement entretenu. Elisabeth Bertille, petite-fille d'un célèbre explorateur anglais, ne manquait de rien. Les leçons de piano qu'elle dispensait de temps à autre constituait un passe-temps lorsqu'elle ne jardinait pas dans sa serre ou dans le parc. Ses élèves étaient "sa petite famille" comme elle aimait à le répéter. Elle avait dû mettre un terme à sa carrière de pianiste talentueuse lorsqu'une vilaine arthrose et son cortège de douleurs articulaires avaient fait leur apparition dans ses avant-bras.

Charlotte rêvassait, vautrée sur la banquette arrière du break. Elle imaginait déjà les parties de rigolade que garantissait la venue ses meilleurs amis chez elle à la fin de la semaine.

                                                                 

Le bruissement familier des pneus sur les graviers de l'allée lui rappela qu'il faudrait encore patienter.

- A tout à l'heure Charlotte, papa passera te chercher dans deux heures... et tu t'appliques hein?...

- Promis man! A tout à l'heure!

Dès le départ de sa mère et malgré son arrivée tardive au manoir, Charlotte pris le temps de jeter des miettes de biscuits qui traînaient  au fond de ses poches dans le bassin des carpes japonaises.

Elle leur tira la langue avec une moue affreuse, puis satisfaite de sa grimace, grimpa deux par deux les marches du perron.

Par Philippe
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Dimanche 7 janvier 2007

La clochette retentit au rez-de-chaussée, annonçant une visite.

- Ah j'oubliai, le docteur Clément tient absolument à voir ma serre. Je m'absente un moment pour lui présenter mes dernières orchidées sauvages. Il les collectionne aussi. Je t'ai préparé une série d'exercices, au travail!

Ouf! songea Charlotte, je pianote cinq minutes, le temps que Mlle Bertille arrive au fond du jardin et je me repose un moment.

Des claquements de porte étouffés ponctuaient les notes de musique. Ils intriguèrent Charlotte. Le bruit était sourd mais proche. Elle se leva, longea la vaste pièce, constatant qu'aucune des portes-fenêtres ni même les deux portes capitonnées du fond n'étaient ouvertes. Pourtant un grincement discret persistait. Frôlant des tapisseries qui représentaient des scènes de chasse, Charlotte ressentit un léger souffle d'air frais lui chatouiller les chevilles.

- Alors ça par exemple, chuchota-t-elle en se glissant derrière l'épais tissu, c'est donc ici que ça se passe. Elle tendit son bras avec l'intention de soulever un loquet qui gênait la fermeture d'une épaisse porte en acajou puis se ravisa aussitôt.

 La tentation était grande d'aller jeter un coup d'oeil... 

Par Philippe
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Lundi 8 janvier 2007

              chauve-sourischauve-souris

Le seuil franchi, Charlotte fut plongée dans la pénombre. La tapisserie ne laissait filtrer aucune lumière. Elle fit glisser sa main à tâtons contre le mur jusqu'à trouver un vieil interrupteur en porcelaine. Elle l'actionna, ce qui éclaira l'étroit palier sur lequel elle se trouvait. Un vieux rideau en toile de jute couvert de toiles d'araignées masquait un escalier en colimaçon.

Les murs laissaient apparaître des pierres taillées grossièrement et une odeur de moisi lui remplissait les narines. Charlotte n'était pas rassurée mais sa curiosité l'emporta sur sa peur et elle entama la descente des marches.

Par Philippe
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